L'historiographie de la syphilis est bien connue, avec ses enjeux de politique sanitaire, ses découvertes scientifiques, ses personnalités célèbres (médecins et malades), ses scandales éthiques.
Or au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, avec l'introduction de la pénicilline, la syphilis est devenue sans histoire en cela qu'elle s'est progressivement dérobée à la mise en récit culturelle, politique et scientifique à travers laquelle une société donne sens à une maladie. L'objectif ici est d'interroger les mécanismes par lesquels s'est fabriqué cet oubli – ou cette négligence – observable jusque dans les années 2000.
Les phénomènes en dé- qui ont marqué l'histoire de la syphilis à partir des années 1950 (désintérêt, décroissance, désinvestissement, désapprentissage, démobilisation...) lui ont permis de se maintenir à bas bruit. On prend conscience aujourd'hui qu'ils génèrent des phénomènes en re- (réémergence, retour, recrudescence, réapparition...).
À l'heure de la gestion post-pandémie de covid et au moment où l'AIDS Fatigue freine la recherche sur le HIV, le cas de la syphilis montre que l'historiographie des maladies ne constitue pas uniquement un outil de compréhension du passé, mais ouvre sur une possible gouvernance du temps présent.