Cette communication émane d'un projet de recherche interdisciplinaire sur la biobanque de cerveaux de l'hôpital psychiatrique de Genève. Ouverte au début du 20e siècle, cette biobanque est aujourd'hui encore en activité. Elle réunit une collection de tissus humains (organes entiers, lames histologiques, blocs de paraffine) et des archives papier (dossiers cliniques, résultats de tests et d'analyses divers, protocoles d'autopsie).
Au sein de cet ensemble, les brefs curriculums vitae que les patients ont été invités à rédiger lors de leur internement psychiatrique sont des documents précieux pour "une histoire de la maladie à la première personne". Ils soulèvent néanmoins de nombreux enjeux de fond et de méthode, parmi lesquels :
a) Qui dispose des outils techniques et intellectuels pour "faire parler" une collection ancienne de cerveaux : l'historien, le clinicien, le biologiste moléculaire ? En l'occurrence, comment combiner entre elles différentes approches méthodologiques autour d'archives psychiatriques ?
b) Comment articuler les corpus de sources, autrement dit comment procéder à une mise en relations intégrative d'échantillons humains et de documents papier, afin de reconstituer les voix des malades du passé ?
c) Comment conjuguer les impératifs d'une recherche intrusive avec les exigence d'une démarche éthiques d'autant plus accentuées qu'il est question d'une maladie honteuse (la neurosyphilis), que le recrutement des patients est local (Genève et sa région) et que l'histoire est récente (descendants vivants)?