En 1975, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) lance ses Programmes interdisciplinaires de recherche (PIR) afin de promouvoir l'interdisciplinarité en son sein. Dans ce cadre général, au début des années 1980, le Ministère de la recherche et le CNRS prennent une initiative importante dans le domaine de la recherche en science des matériaux, domaine en plein essor dans de nombreux pays depuis les années 1960. Cela se traduit notamment par la création, au CNRS, du Programme interdisciplinaire de recherche sur les matériaux (PIRMAT), inauguré en 1982 et clos en 1994. Au début de cette période, la recherche sur les matériaux est officiellement présentée, par le gouvernement et par le CNRS, comme une priorité nationale. Je montrerai d'abord en quoi l'effort budgétaire correspondant n'a jamais été à la hauteur de ce statut prioritaire affiché. Surtout, j'utiliserai ce cas particulier pour aborder la question plus générale de la place de l'interdisciplinarité au CNRS, de 1975 à 1997. En m'appuyant sur les archives de l'organisme et sur des entretiens menés avec certains de ses dirigeants pour la période considérée, je justifierai l'idée qu'au CNRS, « interdisciplinarité » doit avant tout s'entendre comme « interdépartementalité ». Je m'efforcerai également de mettre en évidence les écarts entre les discours volontaristes de promotion de l'interdisciplinarité et les obstacles pratiques à sa mise en œuvre. Principalement liés à la structure institutionnelle du CNRS, ces obstacles ont contribué à la disparition des Programmes interdisciplinaires de recherche, en 1997.
Référence :
E. Bertrand, « L'interdisciplinarité au CNRS de 1975 à 1997 : entre promotion discursive et obstacles institutionnels », in W. Feuerhahn, R. Mandressi (dir.), Histoire de l'interdisciplinarité. Un mot, des pratiques, Paris, Éditions de la Sorbonne (à paraître le 20 février 2025).