A partir du tournant du XXème siècle, apparaissent de nouvelles pratiques de santé, liées aux usages médicaux des rayons X et des substances radioactives. Cette communication propose d'étudier le cas de la « curiethérapie », spécifiquement autour des enjeux de sa terminologie.
En s'appuyant sur la lecture de revues médicales, on peut retrouver les traces du terme « curiethérapie » qui apparaît pour la première fois en 1913, dans les travaux de Paul Degrais, un des premiers radiothérapeutes, pour désigner l'ensemble des applications thérapeutiques du radium. Jusque-là, on utilisait le terme « radiumthérapie » pour désigner cette technique voisine de la radiothérapie. Dans le contexte français, les deux termes coexistent quelques années pour désigner une même technique jusqu'à ce que s'impose, à partir de 1920 le terme « curiethérapie », référence évidente à Pierre et Marie Curie.
Dans cette communication, nous nous pencherons plus précisément sur les formes diverses que revêt cette technique médicale dans les années 1910, 1920 et 1930. Les archives du musée Curie, qui conservent des photographies, des schémas, des conseils pratiques d'application du radium, permettent d'apprécier le caractère polymorphe de ce qu'on appelle curiethérapie dans l'entre-deux-guerres.
La survivance du terme en oncologie contribue à donner rétrospectivement une vision unifiée de cette technique médicale. L'institut Roussy la définit comme « une technique d'irradiation consistant à introduire des sources radioactives fortes au contact ou à l'intérieur même de la tumeur »[1]. Le radium n'est donc plus au cœur de la définition (remplacé par d'autres substances radioactives mieux contrôlées) et seule l'insertion au plus proche de la tumeur distingue cette technique de la radiothérapie classique.
Pourtant, pendant l'entre-deux-guerres, la curiethérapie correspond à des usages très fluctuants (elle n'est pas utilisée que dans le cas de cancer) et elle prend des formes extrêmement diverses : la source radioactive peut être solide ou gazeuse, elle peut être introduite à l'intérieur même de la tumeur, placée à une courte distance de la peau grâce à un masque en cire, ou projetée depuis une machine à quelques dizaines de centimètres du corps par exemple. Des aiguilles de radium déplacées à bicyclette par les premiers radiothérapeutes aux encombrantes « bombes » au radium, machines de plusieurs tonnes, très onéreuses et énergivores, les techniques de curiethérapie sont en réalité bien plus diverses qu'il n'y paraît et leur usage suppose une série d'innovations successives, parfois infimes, dans l'objectif d'irradier les cancers sans trop abîmer les tissus environnants.
Dans un deuxième temps de la communication, il s'agira de comprendre comment le terme « curiethérapie » s'impose pour désigner cette technique médicale nouvelle et multiforme. Nous retracerons donc, à partir des comptes rendus des congrès et des revues notamment, l'émergence du terme « curiethérapie » et tâcherons de retrouver les acteurs et les modalités de sa promotion, menée à une échelle nationale et internationale, par quelques individus liés à l'Institut du Radium créé en 1909 et à ses directeurs, Marie Curie et Claudius Regaud.
[1] www.gustaveroussy.fr/fr/curietherapie. Consulté le 20 nov. 2024.