L'impossible « retour à la paillasse ». Les présidents d'université issus de disciplines scientifiques en France : dynamiques d'une professionnalisation (1971-2007)
Etienne Bordes  1@  
1 : Centre de sociologie des organisations (Sciences Po, CNRS)
Sciences Po, CNRS

Près de 40% des 700 présidents d'université élus en France de la loi d'orientation Edgar Faure (1968) à la loi Liberté et responsabilités des universités (2007) appartenaient à des disciplines que les différents avatars de l'instance de régulation de la profession universitaire (du Conseil consultatif au Conseil national des universités) rassemblent dans le groupe des sciences. Cette proportion importante ne peut que créer de profonds questionnements sur l'articulation, dans les trajectoires de leurs titulaires, entre les normes particulières d'excellence dans le travail scientifique (publications, portages de projets collectifs...) et l'intensité du travail administratif et politique qu'induit une présidence d'université.

Comment s'articulent ces deux ordres de ressources ? De quelles inflexions de trajectoire professionnelles cet engagement dans la fonction de présidents est-il le signe ou la cause ? Quelles sont les dynamiques historiques de cette articulation et que peuvent signifier ces évolutions ? 

Si ces questionnements sont au cœur d'un travail de thèse portant sur les présidents et leur conférence, le cas des scientifiques est un idéal-type des relations que se jouent à l'échelle des carrières entre sciences et administration. Elle permet de mieux expliquer comment peut se faire, dans une logique de division du travail scientifique, le passage entre excellence de la recherche et administration dans une recherche de pouvoir sur le financement et la régulation des activités académiques. Mais en corolaire comment cet investissement de plus en plus poussé dans les fonctions administratives entraine un mouvement de spécialisation qui rend à terme presque impossible tout « retour à la paillasse » (pour reprendre un terme indigène).

Cette dialectique entre science et administration est d'autant plus poussée qu'elle se joue dans un espace disciplinaire qui depuis les années 1950 au moins a nourri un rapport étroit avec le pouvoir politique comme acteur collectif réformateur. Ses élites internes retrouvent avec une institution comme la CPU et sa Commission recherche en particulier un nouveau moyen de dialogue.

Pour associer ces différents niveaux cette communication prendra appui sur les ressources empiriques de mon travail de thèse : constitution d'une base prosopographique des présidents, travail sur les archives de la Conférence des présidents, mais également entretiens menés avec 11 anciens présidents issus des disciplines scientifiques. Cette dernière ressource permet de documenter de façon plus qualitative les effets de rupture professionnelle de l'intensification du travail administratif.

 

Bibliographie sommaire

Aust Jérôme et Picard Emmanuelle, « Gouverner par la proximité. Allouer des fonds à des projets de recherche dans les années 1960 », Genèses, vol. 94, n° 1, 2014, pp. 7-31.

Bordes Etienne, « Les chemins de la fonction. Les présidents d'université en France (1971-2007) », 20 & 21. Revue d'histoire, n°158, janvier 2024

Bourdieu Pierre, Homo academicus, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1984, 320 p.

Verschueren Pierre, Des savants aux chercheurs. Les sciences physiques comme métier (France, 1945-1968), thèse de doctorat en histoire contemporaine, sous la direction de Christophe Charle, Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2017, 829 p.


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