Une technique de production, quelle qu'elle soit, ne peut être pleinement appréhendée que dans le cadre d'une approche systémique prenant en compte l'ensemble du système en jeu, technique certes, mais aussi économique, social, juridique ou encore culturel. Nous nous proposons de présenter un cas d'étude de restitution d'un tel système à travers l'exemple de la production de terre cuite architecturale en France, du Moyen Âge au XIXe siècle. La mise en œuvre de la chaîne opératoire, au sein de l'atelier, suivait un régime de pensée purement pratique, appuyée sur le savoir-faire, avec une transmission orale plus ou moins métaphorique et plus ou moins complète, et une technicité différenciée selon les tâches à accomplir, le rôle et la position socio-technique des artisans. Cependant, virtuellement toutes les activités périphériques à cette production, qu'il se soit agi de rassembler les éléments du complexe technique nécessaire à la production au sein d'un espace technique en évolution, d'élaborer des produits en adéquation avec les besoins d'un marché local ou plus lointain et de les vendre effectivement, ou encore de gérer les relations légales, financières ou sociales avec les autres acteurs de la société, même si cette activité n'était généralement pas constituée en « métier », ont impliqué d'autres modalités de travail, de savoir et de savoir faire (sans tiret). Toutes ces actions voyaient en effet le tuilier dialoguer avec des personnages non techniciens, spécialistes (ou parfois non) de leur propre domaine mais non de la terre cuite architecturale, ceci supposant l'établissement de « normes » communes, écrites ou non, avec des modalités adaptées à chaque cas, permettant une compréhension par-delà des topiques de pensée différentes. La production de terre cuite architecturale requérait ainsi non seulement un système complexe de pratiques, savoirs et savoir-faire, mais aussi de modes de pensée et de réflexion, dont la technique ne représentait qu'un élément.