Les sciences se définissent par leurs découvertes et leurs avancées. On les découvre à la fois dans les revues spécialisées et dans les médias. Elles s'incarnent dans les visages de celles et ceux qui leur dédient de longues heures de travail. Cependant, une partie des acteurs de cette communauté scientifique reste encore aujourd'hui dans l'ombre. Les techniciens et ingénieurs de recherche conçoivent et exécutent, avec et pour les chercheurs, des protocoles ou encore des outils nécessaires au bon déroulement des travaux. Ces « autres savants », à la marge des articles scientifiques, sont les gardiens de savoir-faire précieux. Grâce à leur formation spécialisée, ils acquièrent des connaissances pratiques qui deviennent, avec l'expérience, des pratiques réflexives. C'est une sensorialité méconnue qui conduit inévitablement à l'intelligence de la main et du corps. C'est également un ensemble de facteurs qui, une fois analysé, permet de replacer la technique dans une logique de création et d'adaptation bien plus que de simple exécution.
Si ces gestes techniques ainsi que les gens qui les exécutent sont le plus souvent oublié des écrits, il est plus que nécessaire aujourd'hui de les mettre en lumière. Ils illustrent à eux seuls toute la complexité du tissu de la recherche et donc l'écosystème des sciences. Par ailleurs, ces savoir-faire se retrouvent, au fil du temps, de plus en plus fragilisés au sein des laboratoires et centres de recherches dans lesquels ils sont parfois remplacés par de la main d'œuvre externe. Valoriser et documenter leur existence, c'est faire prendre conscience de l'importance de les maintenir à demeure et ainsi de les hisser au titre de patrimoine immatériel de la recherche.