Sound studies et histoire des mines : croisements et perspectives de recherche. Réflexion autour du forménophone de E. Hardy
Adrien Quièvre  1@  
1 : Institut de Recherches Historiques du Septentrion (IRHiS) - UMR 8529  (IRHiS)
Université de Lille, Sciences Humaines et Sociales
Bâtiment A Niveau - 1 Rue du Barreau BP 60 149 59653 Villeneuve d'Ascq Cedex -  France

Dans un tome publié en 1896, les Annales des mines donnent la nouvelle d'une invention toute particulière, celle du forménophone, de l'ingénieur Edouard Hardy, alors connu comme constructeur français du phonographe d'Edison. La particularité du forménophone consiste à transformer en sons les échappements de grisou susceptibles de survenir dans les mines de charbon. L'appareil, équipé d'un « système chanteur », doit en effet permettre aux ingénieurs et aux surveillants des mines d'entendre, moyennant un apprentissage sonore rudimentaire basé sur la discrimination de deux hauteurs de fréquences sonores, d'éventuelles fuites de grisou (sinon invisibles, inodores et la plupart du temps silencieuses). En cas d'échappement détecté, le forménophone installé dans les galeries souterraines émet un son afin de permettre l'évacuation préventive des ouvriers. L'instrument repose donc sur un principe acoustique et technique bien spécifique, à savoir la mise en sons de phénomènes physiques autrement difficilement perceptibles, voire imperceptibles par la sensorialité humaine. 

Dans le cadre du symposium « Où va l'histoire des mines en France ? Chantiers et perspectives historiographiques », nous proposons d'étudier les spécificités de ce dispositif sonore méconnu ainsi que son rôle dans l'histoire des techniques de prévention des accidents miniers. Surtout, et en nous appuyant pour cela sur des travaux publiés dans le domaine récent des sound studies, nous montrerons comment le cas du forménophone permet d'éclairer de manière originale les liens entre histoire des techniques et histoire des mines en mettant l'accent sur les dimensions sonores et auditives du travail minier. Notre communication visera ainsi à répondre aux questions suivantes : Quelles sont les spécificités techniques du forménophone ? À quelles problématiques ce dispositif technique doit-il répondre ? Comment sa matérialité et son agencement permettent-ils d'interroger à nouveaux frais l'histoire du travail minier ? Surtout, comment les sound studies peuvent-elles permettre de renouveler les travaux sur l'histoire des mines en France ? 


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