Marie Skłodowska-Curie (1867-1934) et la Fondation Rockefeller : de la proposition à la collaboration
Inna Shulga  1@  
1 : Université Paris-Saclay. Laboratoire Études sur les Sciences et les Techniques  (UR EST)
Faculté des Sciences
Faculté des Sciences d'Orsay Bât 407 – 91405 Orsay Cedex -  France

Pendant l'entre-deux-guerres, le financement de la science ne relevait pas uniquement des politiques étatiques, mais devenait également une question d'initiatives des institutions caritatives. Parallèlement, les scientifiques participaient activement à des programmes dédiés aux projets scientifiques (soutien de laboratoires, d'instituts) ainsi qu'au soutien des recherches de jeunes chercheurs. À cette période, de nombreuses organisations tentaient de proposer leur soutien et leur aide à la communauté scientifique.La question de la recherche sur la philanthropie de la Fondation Rockefeller dans le soutien à la science française est abordée dans de nombreux travaux de Ludovic Tournès, l'article de V. Frenkel et P. Djosephson, mais l'efficacité de la collaboration entre la fondation caritative et Marie Curie reste en dehors de l'attention des historiens des sciences.

 

Grâce au fonds de bourses Curie-Carnegie, Marie Curie donnait aux jeunes et talentueux chercheurs la possibilité de commencer leur carrière scientifique dans son laboratoire. Cependant, les moyens du fonds ne permettaient pas de répondre à toutes les demandes, qui augmentaient chaque année. En 1923, elle reçut une proposition de collaboration de Wickliffe Rose, président de l'International Education Board (IEB). L'une des institutions philanthropiques américaines influentes et actives organisait des stages scientifiques pour les jeunes, couvrant les frais de bourse, de déplacement et l'acquisition d'équipements nécessaires à la recherche. L'orientation internationale de la fondation, visant à encourager et soutenir la science, correspondait aux convictions personnelles de Marie Curie en faveur de l'égalité des chances intellectuelles pour la jeunesse, indépendamment de leur nationalité.

 

Les premiers candidats proposés par Marie Curie furent le Serbe D. Yovanovitch et le Polonais H. Jedrzejewski, qui travaillaient dans son laboratoire en tant que boursiers Curie-Carnegie, mais n'avaient pas achevé leurs recherches. Malgré la conformité des dossiers des candidats aux exigences formelles et le soutien actif de Marie Curie, seule la bourse de D. Yovanovitch fut approuvée. Par ailleurs, sa demande personnelle de subvention pour l'acquisition de matériel destiné aux travaux expérimentaux sur des corps de la famille de l'actinium fut également refusée. Toutefois, une bourse de voyage fut accordée au professeur Ludwik Wertenstein de Varsovie, l'un de ses anciens élèves.

 

D'après l'analyse des documents d'archives de l'Institut du Radium, aucune autre demande de Marie Curie à la fondation n'a été enregistrée, bien qu'elle soit restée ouverte aux contacts. Entre 1929 et 1931, Dmitri Skobeltsine, boursier de la Fondation Rockefeller, menait des recherches sur les rayons gamma dans son laboratoire.

Bien que le nombre de boursiers et l'aide de la Fondation Rockefeller paraissent modestes comparés à ses autres activités philanthropiques, notamment sa participation à la création de l'Institut Poincaré aussi bien que dans d'autres grands projets scientifiques, cela souligne la difficulté financière de l'organisation de la science dans les années 1920. Ainsi, un acteur potentiel majeur de la philanthropie n'est malheureusement pas devenu un partenaire à part entière pour Marie Curie et son laboratoire. Les espoirs d'une collaboration se sont limités à une proposition, à laquelle la fondation reviendra à la demande de Frédéric Joliot-Curie pour la construction d'un cyclotron à la fin des années 1930.


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