Au 19e siècle, les politiques de santé publique ont pour principal objectif la circonscription et l'élimination des épidémies telles que le choléra ou le typhus. La gestion des eaux usées, des déchets ou encore des logements insalubres participe de la mise en place progressive d'une protection collective. À cette même époque, l'air est également un enjeu de santé publique et plus particulièrement son renouvellement dans les lieux saturés. Les solutions les moins techniquement coûteuses s'appuient généralement sur l'architecture et la construction de grands volumes permettant un brassage et une circulation plus aisée de l'air, à l'image des hôpitaux construits à cette période. Toutefois, les espaces de production tels que les ateliers et les fabriques ne peuvent généralement pas être adaptés et produisent une telle quantité de poussière ou de vapeurs que les ouvriers en sont réduits à des mesures de protection individuelle telles que le port du masque respirateur. Les réflexions autour de la mise en place d'une protection collective contre les effets néfastes de l'air pollué ne sont pour autant pas abandonnées puisqu'il est régulièrement rappelé que la ventilation mécanique, et non l'aération, doit être développée et diffusée, ainsi que le rappel par exemple en Angleterre, le Factory and Workshop Act de 1878.
En prenant pour contexte le cas anglais, nous proposons dans cette communication de revenir sur le développement de cette réflexion autour de la ventilation mécanique entre la seconde moitié du 19e siècle et le début des années 1900. Pour cela, nous nous appuierons à la fois sur les rapports des inspecteurs de fabrique ainsi que sur les travaux de la commission Haldane, missionnée entre 1900 et 1907 par le gouvernement britannique pour enquêter sur la diffusion et l'utilisation de la ventilation dans les fabriques. Nous chercherons ainsi à montrer comment et pourquoi l'État anglais a tenté de basculer dans ces espaces de production du paradigme de la protection individuelle à la protection collective.