Cette contribution cible l'Institut pharmaceutique, construit pour l'Université de Liège (Belgique) entre 1882 et 1883 sur les plans de l'architecte Lambert-Henri Noppius (A. Schreurs 2021). Elle vise plus précisément à étudier les dispositifs architecturaux et techniques d'origine relatifs au chauffage et à la ventilation du bâtiment, en lien avec sa fonction d'établissement universitaire dédié à la recherche et à l'enseignement de la pharmacie. Ces dispositifs entretenaient un lien étroit avec des pratiques et des équipements scientifiques en forte évolution durant le dernier quart du XIXe siècle, influencés par le rayonnement scientifique majeur de la France et de l'Allemagne.
Sur base de recherches en archives, dans les collections scientifiques et techniques universitaires ainsi qu'in situ, l'analyse portera notamment sur la conception de l'institut. Pour cela, son programme architectural et ses besoins spécifiques en termes de chauffage et de ventilation seront déterminés, et les systèmes mis en place pour y répondre seront étudiés. Il s'agira également de comprendre les circonstances et les personnes ayant influencé la conception de ces réseaux techniques, ainsi que les critères de sélection des équipements, parmi l'éventail de systèmes existant à cette époque. L'examen de l'installation de ces dispositifs durant la phase de construction du bâtiment et de sa traduction matérielle in situ, d'après les éléments encore conservés, viendra enrichir la réflexion.
Les approches ainsi développées permettront de situer ces choix techniques dans le temps long du projet architectural, s'étendant des premières esquisses de conception, en passant par le chantier de construction, pour finir par la réception du bâtiment et l'occupation des lieux. Cette dernière temporalité permettra d'apporter un point de vue critique à l'analyse des systèmes de chauffage et de ventilation, en observant la convenance des choix effectués par rapport aux attentes de fonctionnalité des laboratoires, et par rapport aux standards de confort du personnel de l'université et des étudiants. L'impact des erreurs de conception, des vices de construction et du manque d'entretien sur les conditions de travail au sein de l'Institut Pharmaceutique sera également discuté afin de questionner le rôle des configurations architecturales et techniques de l'institut comme moteur et/ou entrave au développement de la recherche pharmaceutique et à l'apprentissage de la pharmacie, à Liège. Ces réflexions contribueront ainsi à enrichir nos connaissances en histoire de l'architecture et en histoire de la construction de la fin du XIXe siècle, tout en approfondissant notre compréhension de l'histoire des sciences et des techniques à cette période charnière, caractérisée par une évolution rapide et des progrès scientifiques et technologiques majeurs.
Cette contribution s'inscrit dans le cadre d'un projet de thèse porté par l'Université de Liège et par l'Universiteit Antwerpen. Le doctorat, commençant en janvier 2025, a obtenu un financement du Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines (FRESH) du F.R.S.-FNRS. La thèse cible plus largement le corpus des six Instituts « Trasenster » conçus à Liège par l'architecte L. Noppius, durant la décennie 1880-1889. S'inscrivant dans l'histoire de l'architecture et de la construction, la recherche vise à appréhender ces édifices en tant que production architecturale (matérielle, culturelle et technique) issue de la collaboration du milieu académique, du secteur du bâtiment et des instances publiques. De plus, elle vise à instaurer des dialogues avec l'histoire scientifique, l'histoire culturelle et l'histoire urbaine.