En France, la qualité de l'air respiré par les travailleurs est une source de préoccupation majeure des hygiénistes durant le long 19ème siècle. Alors que la pollution de l'air dans les villes a fait l'objet de travaux importants (Massard-Guilbaud 2010; Thorsheim 2018), l'histoire de l'air dans les lieux de travail—ateliers et fabriques— et ses effets sur la santé n'ont été que peu étudiés (Moriceau 2010; Rainhorn 2021). Or, dès les lendemains de la Révolution, poussières, vapeurs et gaz délétères sont identifiés comme des facteurs portant préjudice à la santé des travailleurs. Académies savantes et associations d'industriels vont alors chercher des solutions techniques à ce problème qui n'entravent pas la marche de l'industrie. En lançant des concours pour développer des masques respirateurs permettant aux ouvriers de respirer un “air sain” sur leur lieu de travail, ces institutions vont consolider un régime de production qui fait porter la responsabilité des risques professionnels sur les travailleurs. Cette communication va interroger les archives des concours techniques organisés entre 1793 et 1898 pour comprendre la construction d'un imaginaire de la prévention, d'une figure de ouvrier réfractaire, et d'une promesse de santé par le progrès technique.