Refaire surface. Enjeux pour une histoire superficielle des mines de charbon en France (années 1830-années 1930).
Bastien Cabot  1@  
1 : Centre d'histoire de Sciences Po (Sciences Po)  (CHSP)
Sciences Po
1 place Saint-Thomas d'Aquin, 75007 Paris -  France

À partir du milieu du xixe siècle, les mines de houille françaises voient se développer un important secteur carbochimique à la surface des exploitations. Ces installations misent sur la valorisation et la transformation des dérivés de la houille. Apparaissent ainsi des cokeries, des ateliers de fabrication d'agglomérés, de brai, de goudron, mais aussi des ateliers de distillation permettant d'obtenir divers composés dérivés de la houille tels que le sulfate d'ammoniaque, les benzols, la benzine, la naphtaline, etc.

Le développement de cette industrie a fait l'objet d'analyses ponctuelles dans les thèses de Pierre Guillaume sur la compagnie des Mines de la Loire (1966) ou de Odette Hardy-Hémery sur le bassin d'Anzin (1981), et d'études plus poussées comme dans un récent article de Jean-Philippe Passaqui (2019). Ces études montrent en outre que les travaux du jour occupent une part importante dans l'économie minière du début du xxe siècle. Ainsi, à Anzin, la surface représente près de 20% de la main-d'œuvre et près de 30% des investissements. 

Pourtant, le « jour » apparaît comme un angle mort de l'important champ de recherche consacré aux enjeux sanitaires et environnementaux de la mine qui s'est développé au cours des deux dernières décennies, et dont les études se sont essentiellement concentrées sur les maladies et l'environnement du « fond » (Rainhorn, 2016 ; Rosental, 2017 ; Troch, 2018 ; Le Roux, 2020). L'ambition de cette communication est donc d'établir un état des lieux sur l'histoire de l'industrie minière de surface, mais aussi de suggérer de nouvelles pistes de recherche sur l'histoire sanitaire et environnementale de ce secteur de production, grâce à la mobilisation de fonds documentaires peu étudiés. 

Ainsi, les installations de surface relevant du décret-loi du 15 octobre 1810 sur les établissements dangereux, incommodes et insalubres, nous exploiterons ici un corpus de 37 dossiers d'établissements de transformation de houille entre 1828 et 1949, conservés dans la série 5 M des Archives départementales de la Loire. 

Nous mobiliserons également les travaux médicaux relatifs aux maladies professionnelles des travailleurs du jour. Seront notamment analysés les travaux publiés entre les années 1870 et les années 1910 dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale relatifs au benzinisme professionnel et à l'intoxication par le brai, aussi bien chez les travailleurs des fabriques d'agglomérés qu'au point de vue de la santé publique. De plus, les installations de surface étant couvertes par la loi de 1893 sur l'hygiène et la sécurité des ateliers, nous mobiliserons également les archives des compagnies minières consacrées à la prévention des accidents dans les ateliers de transformation. 

Enfin, nous questionnerons la place de la surveillance ouvrière de la toxicité et des débordements industriels dans les contextes houillers de la surface, en interrogeant le processus qui conduit à la création des délégués mineurs à la sécurité du jour en 1946. 


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