"Plantae Malabaricae" : un herbier missionnaire entre singularité et influences
Thomas Drouin  1, 2, 3@  
1 : Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative  (LESC)
CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Maison René Ginouvès (MAE)21 allée de l'Université92023 NANTERRE -  France
2 : Institut Français de Pondichéry  (IFP)
French Institute of PondicherryUMIFRE 21 CNRS-MAEE 11 Saint Louis Street Pondicherry 605 001 -  Inde
3 : Centre d'études sud asiatiques et himalayennes  (CESAH)
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), CNRS
CAMPUS CONDORCET, 2 cours des Humanités, Bâtiment EHESS - 2ème étage, 93322 AUBERVILLIERS CEDEX -  France

Cette communication se propose d'explorer l'herbier "Plantae Malabaricae", compilé par des missionnaires piétistes à Tranquebar (Tamil Nadu, Inde) entre 1732 et 1744, en le mettant en perspective avec d'autres herbiers de la même époque dans la même région, notamment celui collecté autour de Madras par Samuel Browne à la fin du 17ème siècle, réalisé en collaboration avec l'apothicaire anglais James Petiver. Ces deux herbiers pré-linnéens qu'une quarantaine d'années sépare, ont eu des destins scientifiques distincts. Si le plus ancien, celui de Browne qui a donné lieu dès sa réception, en Angleterre, à des publications présentant les plantes récoltées, eut un impact non seulement sur la connaissance botanique européenne de la flore de la côte Coromandel, mais aussi sur les usages apothicaires, le plus récent « Plantae Malabaricae » semble avoir en grande partie été ignoré et non utilisé jusqu'à présent, malgré l'intérêt que les travaux botaniques des missionnaires de Tranquebar a suscité chez certains botanistes européens comme Albrecht von Haller.

L'analyse comparée de ces deux herbiers permettra d'identifier des points communs et des divergences dans la manière dont les savoirs étaient collectés, organisés et diffusés. On se demandera aussi pourquoi le « Plantae Malabaricae » est resté méconnu, malgré le fait qu'il ait été compilé en 9 exemplaires envoyés à différents correspondants dans trois pays européens (Allemagne, Danemark, Angleterre) sur une quinzaine d'années. Était-ce dû à l'absence de données précises sur la localisation des plantes, à un manque de collaboration avec un botaniste ou un apothicaire européen ? Les missionnaires de Tranquebar, malgré la formation académique assez étendue qu'ils avaient reçue, avaient-ils connaissance des travaux de Browne et Petiver ? Le Dr. Von Hugo, principal destinataire du "Plantae Malabaricae", a-t-il eu accès à ces travaux ? En effet, si la présence d'étiquettes en feuilles de palmier, sur lesquelles sont inscrits les noms des plantes en Tamoul dans le "Plantae Malabaricae", témoigne d'une collaboration avec les savants tamouls et d'une volonté de documenter les savoirs locaux, cette pratique n'était pas unique. L'herbier de Browne présente également des étiquettes similaires, soulevant la question d'une potentielle influence de celui de Browne sur les missionnaires de Tranquebar ou d'une pratique plus répandue qu'on ne le pensait.

En conclusion, cette communication propose une réflexion sur la place du "Plantae Malabaricae" dans l'histoire des savoirs botaniques au Tamil Nadu au XVIIIe siècle. Elle interroge les influences, les circulations et les interactions entre les savoirs locaux et les savoirs scientifiques, et met en lumière la diversité des pratiques et des motivations à l'œuvre dans la constitution des herbiers et leur réception.


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