Si le cursus honorum d'Albin Haller, professeur à la faculté des sciences de Nancy, fondateur de l'Institut Chimique de Nancy (avec Ernest Bichat) puis professeur de chimie organique à la Sorbonne (1899-1925) est bien connu, la multiplicité de ses engagements dans l'appareil d'Etat (service des Poudres, conseiller du ministre de la Guerre d'Alexandre Millerand en 1914-15), en tant qu'inventeur et personnage influent dans le milieu alsacien a été moins éclairé.
A l'aide d'une documentation élargie (archives de la faculté des sciences de Paris, correspondance de l'Ecole de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris, Journal intime pour les années 1915 et 1925 et correspondance privée), nous nous proposons de mettre en lumière les stratégies d'Albin Haller non seulement dans le milieu universitaire mais également dans les autres champs qu'il investit. La démarche ne s'appuie pas uniquement sur des sources institutionnelles mais sur une analyse de ses publications scientifiques et de ses interventions publiques.
Il s'agira également de comprendre comment Albin Haller mobilise son réseau à son profit mais aussi au profit d'autres causes ou d'autres personnes. Selon le mot de l'historien de l'économie Jean Bouvier [1], il s'agira de comprendre en quoi Albin Haller fait « système » et articule les différents champs investis notamment dans les phases de crise et de guerre. Par ailleurs, nous tenterons de montrer quels ont été ses appuis mais également les limites du « système Haller » notamment au niveau international.
[1] « L'historien, quand il suit à la trace la gestion d'une firme ou le rôle politique d'un homme d'affaires éminent, met donc à nu un système global de relations. Il n'est donc pas en position de juger un homme mais de comprendre un système » »Jean Bouvier, compte-rendu de l'ouvrage de Jean-Noël Jeanneney, François de Wendel ; l'argent et le pouvoir, 1914-1940, Annales ESC, 1977, 32-6, p. 1222.