Louis Pasteur soulignait déjà en 1868 l'importance d'un "budget pour la science", c'est-à-dire d'un financement public pour soutenir le fonctionnement des laboratoires pour la recherche : il ne peut y avoir de science sans moyens mis à sa disposition. Presque trente ans plus tard, l'un des enjeux de la création de l'Institut Pasteur de Lille (IPL) en 1894 dirigé par Albert Calmette est de se doter d'un budget soutenable. Calmette a pour ambition de développer "son" institut, ce qui ne peut se faire sans avoir un plan de financement sur le court comme le long terme.
Le but de cette communication est d'étudier la construction du budget de l'Institut Pasteur de Lille sur le temps long, des années 1890 aux années 1940. Les archives de l'Institut contiennent les dossiers de préparation du budget pour le conseil d'administration, tout comme des documents de suivi de la comptabilité (journaux comptables, brouillards, récapitulatif des recettes et dépenses, suivi des caisses et des comptes bancaires). Relativement rares pour ce qui est des institutions scientifiques, ces sources permettent de donner une idée de la gestion financière de l'Institut à la fois jour par jour et dans son ensemble, contrairement par exemple à l'Institut Pasteur de Paris pour lequel presque aucun document de ce type n'a été conservé.
Quelle est la nature des recettes de l'Institut ? Quelle part de financements publics ? de financements privés ? Quel rôle joue la philanthropie dans ce financement ? Il faut aussi s'interroger sur la nature de cette philanthropie : s'agit-il de petits dons d'anonymes très nombreux ou bien de riches donateurs et légateurs ? La souscription publique qui a permis la création et la construction de l'Institut était le fait d'un grand nombre de petits contributeurs et d'un petit groupe d'industriels du textile lillois : cette distribution se retrouve-t-elle par la suite ? Plus généralement c'est la répartition de l'argent public et de l'argent privé qui doit faire l'objet d'un examen approfondi. De l'autre côté, comment cet argent est-il utilisé ? Quelles sont les dépenses de fonctionnement d'un laboratoire de bactériologie ? Sur quoi repose l'exercice de la science au quotidien ?
Au-delà de l'étude de cas proposée, il s'agit d'interroger la résilience des institutions scientifiques sur le temps long : comment sortent-elles de situation de crise ? comment cherchent-elles à garantir leur survie dans le temps à l'heure de l'émergence d'une politique publique de financement de la recherche scientifique ? Comment assurer son propre développement ? La proposition cherche à poser quelques jalons d'une histoire de la science - pastorienne - par son budget, ce que la richesse documentaire des archives de l'Institut Pasteur de Lille permet d'appréhender.