Primates et lutte contre la poliomyélite à l'Institut Pasteur pendant la période coloniale (années 1920, année 1950)
Marion Thomas  1, 2@  
1 : Université de Strasbourg
université de Strasbourg
Faculté de médecine/DHVS 4, rue Kirschleger 67085 Strasbourg Cedex -  France
2 : Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe
université de Strasbourg, Centre National de la Recherche Scientifique, Centre National de la Recherche Scientifique : UMR7363

S'il existe une riche historiographie relative à la lutte contre la poliomyélite aux États-Unis, les travaux historiques portant sur les pays européens sont en revanche moins nombreux. Par ailleurs, des études récentes ont mis en évidence l'incidence des enjeux géopolitiques et religieux liés à la Guerre froide et à la décolonisation sur la recherche américaine concernant cette maladie, mais aussi la dimension raciale de cette économie biomédicale. En m'appuyant sur cette littérature, mon objectif est d'apporter un éclairage différent sur la lutte contre la poliomyélite en France : 1) en mettant en perspective le cas français avec l'histoire américaine. En France, des années 1910 à la fin des années 1950, les Pasteuriens - Constantin Levaditi, Auguste Pettit, Pierre Lépine - ont ont mis au point un sérum, puis un vaccin contre la poliomyélite en utilisant des primates, à savoir des chimpanzés et des babouins expédiés à Paris depuis l'Institut Pasteur de Kindia, en Guinée française. De leur côté, les Américains - Simon Flexner, Jonas Salk, Albert Sabin - ont travaillé avec des singes, principalement des macaques rhésus, en provenance d'Inde, non seulement pour identifier les différentes souches du virus de la poliomyélite, mais aussi pour tester des vaccins avant de passer au modèle humain ; 2) en examinant comment l'exploitation des primates s'est inscrite dans un système d'échanges coloniaux inégaux incluant la capture d'animaux et l'enrôlement de chasseurs locaux ; 3) en comparant les représentations culturelles de ces primates modèles – du macaque doté d'un statut quasi-sacré en Inde au babouin perçu comme espèce invasive en Guinée - afin de rendre compte d'une écologie multi-espèces de la recherche biomédicale sur la poliomyélite. Recentrant l'investigation sur les primates coloniaux, cette communication poursuit un double objectif : contribuer à l'étude des animaux de laboratoire en biomédecine et revisiter le rôle de l'Institut Pasteur dans la lutte contre la poliomyélite au cours des décennies 1910-1950 à l'échelle mondiale.

 


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