L'histoire de l'IAE (Institut d'administration des entreprises) de Nancy ou l'institutionnalisation d'une nouvelle discipline, la gestion, dans le contexte universitaire nancéien.
Dans la mesure où, à l'origine, la Gestion est considérée comme une discipline appliquée, destinée à former des futurs cadres et dirigeants aux techniques et savoirs de gestion et d'administration des entreprises, la monographie consacrée à l'histoire de l'institutionnalisation de cette discipline, à Nancy, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, peut être considérée comme le prolongement des travaux menés depuis plusieurs années sur les instituts techniques supérieurs créés, depuis la fin du XIXème siècle, par la Faculté des sciences de Nancy, pour donner une culture scientifique aux futurs cadres des industries locales. Ces instituts sont devenus, par décret en 1947, des Écoles nationales supérieures d'ingénieurs (ENSI), écoles universitaires recrutant sur concours, rassemblées en 1970, au sein de l'Institut national polytechnique de Lorraine (INPL).
De ce point de vue, le parcours de l'IAE dans le paysage de l'enseignement supérieur nancéien, qui va de 1956 après la création, par l'État, (en 1955), du certificat CAAE (certificat d'aptitude à l'administration des entreprises), à l'émergence d'une « École universitaire d'Administration et de Management », au début des années 2000, peut être regardé comme une nouvelle illustration de la prégnance du modèle « école » dans le système d'enseignement supérieur français.
L'histoire de l'IAE s'inscrit ainsi dans le mouvement d'institutionnalisation des sciences de gestion impulsé par l'État au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que se pose la question de l'influence nord-américaine. Elle ne peut cependant être considérée comme une simple déclinaison locale de politiques ou initiatives nationales (voire internationales), mais plutôt comme une série d'adaptations à une configuration universitaire socio-économique et politique particulière, dans un espace de possibles créé par des dispositifs nationaux. Cette démarche permet de distinguer les concordances ou les temporalités propres à cet environnement, dans la construction d'une histoire spécifique laissant toute leur place aux différentes catégories d'acteurs- individus, universitaires ou non, organisations et assemblées locales- poursuivant des intérêts parfois divergents.
Elle permet ainsi de saisir, jusqu'au cœur de l'institution, l'influence des réformes universitaires des années 2000 (LMD, Plan Campus, création de l'université de Lorraine)