Technique et Histoire Économique dans l'historiographie française (1903-1945)
Milena Fernandes De Oliveira  1@  
1 : Instituto de Economia-Universidade Estadual de Campinas = University of Campinas  (IE-UNICAMP)
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À la fin du XIXe siècle, des historiens et des sociologues français, tels que François Simiand (1873-1935), ont commencé à attirer l'attention sur l'importance de l'analyse économique dans la reconstitution du proccès historique. La critique d'une prétendue forme traditionnelle de faire de l'histoire, représentée par Charles-Victor Langlois (1863-1929) et Charles Seignobos (1854-1942), devait inclure l'étude des faits sociaux et économiques dans une perspective historique, car c'était en eux, et non dans la politique, que résidaient les principales explications de la crise du système capitaliste à la fin du XIXe siècle.

Les changements économiques qui s'exprimaient tantôt comme une crise, tantôt comme une croissance, exigeaient une compréhension du rôle de la technique dans les sociétés et les civilisations. À chaque "ensemble technique", un terme utilisé par Marc Bloch, était associé un certain stade de développement, qui serait dépassé dès l'apparition d'un dispositif ou d'un ensemble technique nouveau, capable de révolutionner et de transcender les structures économiques précédentes.

En 1926, Marc Bloch (1886-1944), dont la compréhension du rôle de la technique dans les sociétés renvoyait clairement à Simiand et à Durkheim (1858-1917), écrivit une recension d'un ouvrage de Lefebvre des Noëttes (1858-1936), "Force motrice animale à travers les âges". Dans cette recension, intitulée "Technique et évolution sociale", publiée dans la Revue de Synthèse Historique, Bloch esquissa, à partir de textes rares mis en lumière par des Noëttes, quelques observations sur le rôle de la technique au sein des civilisations. Constituant, à l'intérieur de cettes-ci, l'ensemble des "artefacts", "instruments", "méthodes" et "pratiques", la "technique" pressupposait, comme tout le fait social, la prévalence de la société et des formes de pensée collectives sur les individus. Les changements techniques, selon Bloch, « nous amènent à nous demander quels sont les rapports du développement technique avec l'évolution économique et les transformations de l'organisation sociale » (Bloch, 1926, p. 95).

Les années 1930 virent un intérêt croissant des historiens, notamment des historiens économiques, sur le monde des techniques. Abel Rey (1873-1945), par exemple, fonda à la Sorbonne le Centre d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques, qui organisa le numéro spécial "Techniques, l'Histoire et la Vie", publié le 30 novembre 1935 dans les Annales d'Histoire Économique et Sociale. Ce dossier thématique débutait par la phrase suivante : « Technique : un de ces nombreux mots dont l'histoire n'est pas faite », et il visait en grande partie à répondre au premier Congrès International d'Histoire des Sciences et de la Technologie, qui s'était tenu à Londres en 1931. Ce congrès avait clairement souligné l'urgence de penser une Histoire économique qui inclurait également l'Histoire de la technique.

Cet article se propose de comprendre comment le thème de la technique a été présent dans l'institutionnalisation et la consolidation du champ disciplinaire de l'Histoire économique en France, en se basant sur l'étude et l'analyse des articles publiés dans la Revue d'Histoire Économique et Sociale, (1907-1913) et dans les Annales d'Histoire Économique et Sociale (1929-1945).


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