L'hôpital Lariboisière, premier modèle pavillonnaire de Paris, fut un lieu d'expérimentation unique. Au XIXᵉ siècle, la maîtrise de l'environnement intérieur, rendue possible par l'industrialisation, marqua l'émergence des systèmes de chauffage et de ventilation mécaniques comme une nouvelle discipline. Pourtant, comme l'a souligné Reyner Banham dans The Architecture of the Well-Tempered Environment, ces systèmes, bien qu'essentiels, sont souvent relégués au second plan dans l'histoire de l'architecture.
À l'époque hygiéniste, ces systèmes suscitaient un intérêt interdisciplinaire, impliquant architectes, médecins, bureaucrates, scientifiques et inventeurs. À Lariboisière, deux systèmes concurrents de chauffage et de ventilation furent installés dans un esprit d'expérimentation à échelle réelle. Cependant, cette expérimentation n'était pas motivée uniquement par des ambitions scientifiques : elle résultait également d'engagements contractés auprès de deux inventeurs différents, dans un contexte de changements politiques successifs.
Si cette double installation est rare dans les bâtiments publics, elle n'est pas unique : on retrouve des cas similaires dans les hôpitaux Necker et Beaujon à Paris, ou encore au Palais de Westminster en Angleterre. Ces projets, souvent issus de circonstances fortuites, devinrent rapidement des terrains d'expérimentation, de relevés et de débats intensifs. Les pavillons masculins de Lariboisière étaient équipés d'un système de chauffage à la vapeur et de ventilation par insufflation, tandis que les pavillons féminins disposaient d'un système à eau chaude et de ventilation par appel. Ces choix, bien qu'animés par une volonté scientifique, reflétaient également des contraintes organisationnelles et pratiques complexes.
Le cas de Lariboisière suscita de vifs débats dès 1847, avant même l'ouverture de l'hôpital, et ces discussions s'étendirent sur plus de vingt ans. Sur place, de nombreux relevés furent réalisés, alimentant une riche production de données et d'analyses.
Ce cas d'étude incarne les débuts de la standardisation des systèmes techniques dans les bâtiments publics, tout en posant les premières bases théoriques du confort mécanique. Il met également en lumière les paradoxes inhérents à ces expérimentations, marquées par des biais liés aux personnes qui les commentaient et par des contraintes pratiques. Par ailleurs, l'impartialité des conditions est discutable : par exemple, on ne peut pas comparer directement la mortalité des hommes à celle des femmes.
En replaçant Lariboisière dans le contexte des grandes expérimentations techniques du XIXᵉ siècle, à l'instar du Palais de Westminster, cette communication analyse la façon dont cet hôpital a captivé l'attention d'une communauté interdisciplinaire pendant plus de vingt ans. Elle met en évidence les débats intenses qui en ont découlé, nourris par les expérimentations menées sur place et par les articles s'entrecroisant dans de nombreuses revues médicales, scientifiques, techniques et architecturales de l'époque.