La valeur de l'insolite : un herbier de roses du début du XIXe siècle
Cristiana Oghina-Pavie  1, *@  , Louise Coueffe  2, *@  
1 : Temps, Mondes, Sociétés  (TEMOS)
CNRS, Université d'Angers
Université d'Angers, TEMOS - Maison de la Recherche Germaine Tillion, 5 Bis Boulevard Lavoisier - 49045 Angers CEDEX 01 -  France
2 : Centre Norbert Elias  (CNELIAS)
Université d'Avignon
La Vieille Charité, 3e étage2, rue de la Charité13 002 Marseille -  France
* : Auteur correspondant

Le Muséum National d'Histoire Naturelle possède dans ses collections un « vieil herbier de Roses ». Cet intitulé a été attribué en 1947 par André Guillaumin, professeur du muséum, à un ensemble de 232 parts datées de 1799 à 1811. L'expression est révélatrice du caractère insolite de cet herbier : anonyme, sans numéro d'inventaire, provenant des collections de la Chaire de Culture (puis Botanique appliquée), composé de « roses » et non pas de spécimens du genre Rosa. En effet, l'herbier comporte uniquement des rosiers cultivés, ce qu'attestent autant la morphologie des spécimens que les mentions écrites indiquant des noms de variétés jardinières, des opérations de greffe ou bien la provenance de ces plantes élevées sous serre ou dans un carré du jardin. En 2015, Vincent Derkenne, historien amateur, à attribué avec certitude cet herbier à André Dupont (1742-1817), un des premiers collectionneurs, multiplicateurs et obtenteurs de rosiers en France.

De quelle histoire des sciences cet herbier est-il une source ? Anonyme ou incorrectement attribué, l'herbier est l'objet d'un jugement de valeur reposant sur la comparaison avec les collections de botanique. Il apparait alors comme la tentative maladroite d'un botaniste amateur à s'exercer aux gestes de l'herborisation, sans intérêt scientifique car inapproprié à l'étude de la botanique descriptive, ou bien de la taxonomie et de la répartition du genre Rosa. L'attribution à André Dupont inscrit l'herbier dans un nouveau contexte, à la croisée de la botanique et de la culture jardinière. Ceci ouvre autant possibilité de corroborer cette trace matérielle avec les sources écrites et iconographiques de l'époque que de la mobiliser dans d'autres perspectives de l'histoire des sciences.

L'herbier témoigne du rôle joué par une catégorie d'acteurs peu connue, les botanistes-cultivateurs, dans la circulation des plantes, des savoirs et des pratiques entre les jardins botaniques et les collections d'amateurs. Il interroge l'appropriation de la technique de l'herbier, en complément d'une collection vivante, en tant que dispositif de maîtrise temporelle des végétaux. La tension entre la conservation des végétaux et la recherche de variations par semis et par « accident », à l'origine de nouvelles variétés, apporte un éclairage particulièrement intéressant sur les débuts de la sélection horticole des rosiers en France. En somme, la communication propose de questionner la manière dont l'identification de l'auteur entraine un changement du statut de cet herbier original en tant que source historique.

 


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