Les herbiers savants du XIXe siècle témoignent d'une standardisation croissante des pratiques, ainsi que d'une extension du goût pour les sciences. Accessibles et de réalisation facile, les herbiers sont réalisés par de nombreux acteurs, cela étant encouragé par la publication de nombreux guides à destination des néophytes. Lorsqu'ils s'inscrivent dans des réseaux savants et contribuent à la production du savoir, la crédibilité de leurs auteurs et leur utilisation dans la production de savoirs savants suppose le respect de certaines normes de constitution, soutenues par la standardisation croissante du matériel naturaliste. Cependant, les sources écrites et les collections attestent de nombreuses pratiques s'en écartant, et ce jusqu'au cœur des herbiers savants. Ces éléments invitent à interroger les multiples rapports au végétal de leurs collecteurs et de leurs auteurs, ainsi que les pratiques de constitution et les fonctions plurielles de l'herbier au XIXe siècle.
A partir de plusieurs exemples issus des herbiers savants de l'Ouest de la France, allant de la collection distincte de l'herbier principal à l'échantillon trouvé au détour des parts d'herbiers, et de sources écrites documentant les parcours de leurs auteurs et ces collections, cette communication vise à comprendre les marges de ces collections, ainsi que leur sens. Que celles-ci soient liées aux contextes de collection, à des expérimentations visuelles ou encore au caractère composite des réseaux dans lesquels s'inscrivent leurs auteurs, elles témoignent que l'observation scientifique des plantes s'inscrit dans de nombreux autres rapports, formes d'attention ou significations associés au végétal. Selon leurs auteurs, ces pratiques révèlent parfois la manière dont est perçu le rapport aux sciences du possesseur de l'herbier. L'histoire scientifique des herbiers est ainsi plus largement située au sein de l'histoire culturelle et de l'histoire des collections.