Cette communication analyse les relations du laboratoire Curie avec l'industrie du radium, de la découverte de cet élément en 1898 à la mort de Marie Curie en 1934. La contribution majeure des Curie à l'essor de cette industrie en France grâce à la mise au point de procédés industriels, d'une métrologie et la formation des ingénieurs de cette industrie a déjà été étudiée dans un précédent travail (Boudia, 2001). Nous présentons ici un panorama à l'échelle internationale des relations entre leur laboratoire et l'industrie du radium, en nous appuyant sur une étude renouvelée des archives Curie ainsi que de divers acteurs de cette industrie, et sur une mobilisation d'un ensemble de travaux publiés ces dernières années. Ces différentes sources permettent une compréhension plus fine du rôle central qu'a joué le laboratoire Curie dans les développements internationaux de l'industrie du radium.
Cette communication détaille ce rôle au fur et à mesure du développement des applications du radium et de la géographie changeante des ressources minières dont il est tiré. Elle montre la densité des liens du laboratoire Curie avec les mines de Joachimsthal (Autriche-Hongrie) après la découverte du radium, avec les industriels français avant la Première guerre mondiale, et avec l'industrie américaine du radium, puis l'Union Minière du Haut Katanga après-guerre. Jusqu'à la mort de Marie Curie, son laboratoire, avec son expertise non seulement scientifique, mais aussi en métrologie et en industrialisation des procédés, resta l'interlocuteur principal de l'industrie mondiale du radium dans la communauté scientifique.
Nous interrogerons enfin l'exceptionnalité dans le monde scientifique des liens particuliers qui unissaient le laboratoire Curie à l'industrie, faits à la fois de collaborations étroites et d'un souci constant de négociation de ressources suffisantes pour la recherche scientifique. Le fait de n'avoir pas breveté le procédé de production du radium est notamment fréquemment cité comme exemple du désintéressement de scientifiques soucieux avant tout de servir la science et l'humanité. Nous examinerons cependant dans quelle mesure cette situation fut plutôt un avantage pour le laboratoire Curie, et nous nous interrogerons sur le lien particulier entretenu par Marie Curie avec une industrie qu'elle aidait et qui profitait de son expertise et de celle de ses collaborateurs, mais dont elle était très attentive à obtenir le plus possible pour son laboratoire.