Discipliner les naturalistes : résistance et adaptation des carrières au Muséum national d'histoire naturelle
Philippe Kernaleguen  1@  
1 : Professions, institutions, temporalités  (Printemps)
Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ)
47 Bd Vauban, 78280 Guyancourt -  France

Dans le cadre d'une thèse de sociologie des sciences nous étudions les dynamiques de carrière scientifique de 1945 aux années 1990 à l'œuvre au sein d'une institution académique méconnue : le Muséum national d'histoire naturelle. Mais si le Muséum du XIXe siècle a fait l'objet de nombreuses études, ce n'est pas le cas de celui de l'après 1945. L'assemblée des professeurs qui le dirige contrôle l'avancement des carrières et est l'arène décisive des recrutements. Or ce fonctionnement est remis en question à partir de Mai-Juin 68. Durant les années qui suivent, luttes et débats ne conduisent pas à une réforme de l'institution. C'est l'arrivée de la gauche au pouvoir qui permet d'ouvrir un cycle de réformes qui va s'étendre jusqu'à la fin des années 1990. L'assemblée des professeurs, les chaires et le mode de recrutement s'appuyant sur l'Académie des sciences disparaissent. Ils sont remplacés par un conseil d'administration, un conseil scientifique et des unités de recherche en lien avec le CNRS, les universités et d'autres institutions. Ce récit interroge la perpétuation jusque tard dans le XXe siècle de mécanismes et de formes de carrières construites au XIXe siècle. Mais les transformations du champ académique obligent les acteurs du Muséum à s'interroger sur l'identité de leur institution. Elle est ainsi marquée par le clivage entre des collections d'ordre international et l'inexistence d'un enseignement diplômant rivalisant avec l'université comme c'est le cas des grandes écoles. L'enjeu des carrières scientifiques est aussi indissociable de celui des disputes épistémologiques. Ainsi les débats s'articulent particulièrement autour de l'écologie comme rénovation de l'histoire naturelle dans l'après Mai-Juin 68. Si l'écologie prolonge l'identité naturaliste du Muséum, elle introduit aussi l'enjeu de l'interdisciplinarité et donc des pratiques de coopération scientifique entre différentes chaires. La biologie moléculaire interroge de son côté la place de la science expérimentale s'appuyant sur des appareils onéreux. Nous nous appuierons sur les archives du Muséum et des entretiens avec des acteurs afin de décrire d'abord la façon dont les trajectoires se déploient en amont du recrutement au Muséum, puis en son sein. Nous ferons ainsi l'hypothèse d'un régime naturaliste des sciences dont le Muséum est le sommet. Puis nous reviendrons sur le Mai-Juin 68 du Muséum et les débats qui s'en sont suivis concernant les carrières. Nous verrons comment le régime naturaliste entre en confrontation avec le régime disciplinaire qui domine le champ académique. Mais nous nous interrogerons aussi sur le rôle que l'écologie a pu jouer dans cette confrontation. Enfin nous verrons comment les réformes des années 1980 et 1990 ont été perçues par des acteurs du Muséum vis-à-vis des carrières. Si nous prendrons plusieurs exemples, le cas de François Terrasson au sein du Service de Conservation de la Nature sera particulièrement étudié.


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