Les métiers du cuir ont longtemps eu recourt à la parfumerie pour donner à la matière première une odeur agréable et ainsi adoucir les odeurs fortes des peaux à des époques où la chimie n'a pas encore fait son entrée dans la branche. Durant la période moderne, cette pratique répondait également aux exigences de la mode marquée par la pratique de « parfumer tout ce qui peut l'être[1] », selon les termes employés par Brigitte Munier dans l'ouvrage Odeurs et parfums en Occident : qui fait l'ange fait la bête.
Dans ce contexte, cette communication s'intéressera aux savoirs et techniques de parfumage des cuirs durant leur fabrication et à la perception de leurs qualités sensorielles, olfactives particulièrement, dans la littérature encyclopédique et technique des XVIIIe et XIXe siècles. Comment parfume-t-on des cuirs ordinaires ? Quelles sont les techniques employées pour fabriquer des cuirs aux spécificités olfactives reconnues ?
L'exemple du cuir de Russie sera mobilisé. Entouré de mythes et de légendes, le cuir de Russie est au cœur de tout un imaginaire collectif. Il serait né par hasard, lorsqu'un cavalier de l'armée russe « aurait frotté ses bottes contre l'écorce des bouleaux et les aurait ainsi imperméabilisées[2]. » Une histoire raconte qu'il aurait refait surface dans les années 1970, à la suite de la découverte de l'épave d'un navire russe du XVIIIe siècle transportant des cuirs retrouvés intacts 200 ans plus tard. Du récit de ses origines au mythe de sa recette perdue, le cuir de Russie a suscité toute une littérature vantant ses particularités olfactives depuis le XIXe siècle. Il est certain qu'il a fait l'objet d'un commerce important entre la Russie et le reste de l'Europe aux XVIIIe et XIXe siècles. En Europe, particulièrement en France et en Angleterre, de nombreux tanneurs cherchent à le reproduire. Dès lors, il faut distinguer le Cuir de Russie « véritable » du Cuir dit de Russie.