Transports et mobilités urbaines et réseaux techniques urbains : deux histoires parallèles ?
Arnaud Passalacqua  1, 2@  
1 : Lab'Urba  (Lab'Urba)
Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne (UPEC)
2 : Laboratoire Interdisciplinaire des Energies de Demain  (LIED (UMR_8236))
Centre National de la Recherche Scientifique, Université Paris Cité

Cette communication vise à discuter des grands enjeux posés par le cadre général de la session plus spécifiquement du point de vue de l'histoire des transports et mobilités urbaines. Sur le plan historiographique, ce sous-champ a suivi les mêmes dynamiques que les autres composantes de l'histoire des transports et mobilités (interurbaine, rurale, touristique...). Toutefois, les objets dont il traite évoluent dans un espace abondamment peuplé d'autres dispositifs techniques, en particulier ceux des réseaux multiples qui ont forgé la ville industrielle et ses modes de vie. Cette proximité spatiale, vue comme une contrainte ou une ressource, engage-t-elle l'histoire des mobilités urbaines dans une relation particulière avec l'histoire des techniques ?

Cette communication propose d'aborder cette question à partir de plusieurs considérations. D'abord, interroger le rôle particulier des réseaux de transport dans le rapport singulier qu'ils entretiennent avec les corps qu'ils transportent, alors que les autres réseaux (eau, énergie, communication...) se posent de façon extérieur aux corps. Cette particularité pèse dans la représentation que les sociétés industrielles se forgent des rapports à la mobilité, posant ainsi ce champ dans un cadre d'analyse qui pourrait lui être spécifique.

Ensuite, la question des structures socio-économiques à l'œuvre derrière ces différents réseaux techniques sera aussi interrogée pour cerner le positionnement de l'histoire des mobilités dans le champ de l'histoire des techniques. Il est possible d'émettre l'hypothèse selon laquelle les structures socio-économiques du monde des transports et mobilités sont assez largement distincts de celles qui gouvernent et exploitent les autres réseaux, où l'on observe des regroupements entre eau, énergie et déchets, par exemple. La structuration de l'historiographie n'est-elle pas le reflet d'une structuration des institutions étudiées ?

Enfin, la question de l'ancrage disciplinaire du monde des transports et mobilités, au regard de celui des autres grands réseaux techniques sera aussi discutée : les liens avec l'histoire y seraient peut-être moins exclusifs du fait d'une plus grande porosité avec d'autres disciplines, qui ont très largement investi ces enjeux : géographie, sociologie, anthropologie, science politique... Ce constat serait moins valable pour les autres grands secteurs des réseaux urbains. Au sein même du monde des transports et mobilités, la différence très structurante en termes de communautés scientifiques entre transport de personnes et transport de marchandises est un indice de cette influence de l'intérêt porté par les autres disciplines sur le positionnement des historiennes et historiens de ce champ vis-à-vis de l'histoire des techniques : le monde des personnes serait bien plus investi que celui des marchandises, ancré dans une histoire très largement dominée par les enjeux économiques.


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