Cette communication explore l'utilisation pionnière du langage de programmation APL en 1981 par l'Oulipien Paul Braffort (1923-2018) pour équiper les amateurs d'écriture créative d'un outil puissant de formalisation des contraintes littéraires, de traitement et de génération de textes. Au sein de l'Oulipo, Braffort mit à profit son expertise en intelligence artificielle et en programmation pour repousser les frontières de l'exploration littéraire à l'aide des ordinateurs. Ses idées novatrices concernant l'utilisation d'APL – à la fois une notation mathématique et un langage de programmation – pour forger une littérature algorithmique implémentable sur des machines figurent dans l'Atlas de Littérature Potentielle de 1981. Cet ouvrage littéraire contient un véritable mini-tutoriel de Paul Braffort sur la programmation en APL, avec des exemples appliqués aux contraintes littéraires, ainsi que le code complet d'un programme APL pour générer des aphorismes. Dans le monde littéraire francophone de cette époque, cela constituait une véritable révolution de la pensée littéraire : l'écrivain est encouragé à s'exercer à la modélisation des contraintes littéraires en APL, un langage “particulièrement concis et élégant” selon les dires de Braffort. Ses idées audacieuses dans l'Atlas de 1981 méritent aujourd'hui d'être examinées à la lumière des progrès récents en intelligence artificielle. Nous évaluerons ainsi la pertinence de son approche pour les écrivains contemporains et les études littéraires à l'ère de l'intelligence artificielle générative.