Le rôle crucial des collections de botanique, sous diverses formes, et en particulier des herbiers, dans la création des arts décoratifs en France au tournant du XIXe et du XXe siècle à la faveur de l'épanouissement de l'Art Nouveau, est bien connu, à travers de nombreuses études et expositions. Cette communication se propose de reprendre cette question dans une approche monographique consacrée à une société particulière, la verrerie et ébénisterie d'art Gallé. Le rôle de son fondateur, Émile Gallé, artiste et théoricien de l'art mais aussi botaniste reconnu, est bien établi dans l'exaltation de la Nature comme source d'inspiration de l'École de Nancy. Mais les différentes solutions pratiques qu'il a encouragées, et surtout que ses successeurs ont continué de mettre en œuvre après sa mort en 1904, méritent d'être étudiées dans leur ensemble et du point de vue de leurs utilisateurs : herborisation, création de jardins spécifiques, d'albums s'apparentant à des herbiers, collection de répertoires et publications botaniques, photographies de divers types (autochromes, stéréoscopies), dessins, maquettes de cire... La palette des substituts d'herbiers est vaste, de même que la manière dont s'en emparaient les designers et peintres-décorateurs de la cristallerie, pour créer ou réaliser les modèles d'inspiration florale et plus généralement botanique, qui constituèrent, jusqu'à la fermeture de l'entreprise, en 1936, le gros de sa gamme d'objets décoratifs.