En reprenant les conclusions du livre Henri Bergson : écrits sur la technique (Presses des Mines, déc. 2024), nous proposons une nouvelle approche sur la création de la Revue de synthèse historique en 1900 et sur la genèse du projet de la collection « L'Évolution de l'humanité » en 1914. À l'aide d'imprimés et d'archives, nous mettrons en évidence la crise qu'Henri Berr vise à combattre : une crise de la foi indissociable de la gloire de ladite science appliquée. Dans Peut-on refaire l'unité morale de la France ?, Berr critique sévèrement l'Exposition universelle de 1900, ouverte à un public perdu spirituellement par « les pires engins de destruction voisinant avec les inventions les plus propres à protéger, à prolonger et à adoucir la vie, les créations les plus folles du luxe à côté d'œuvres qui tendent à égaliser les conditions, les excitations à la frivolité et au vice auprès de ce qui atteste les plus généreux efforts et des préoccupations les plus graves des hommes ». Pour lui, « une telle exposition réalise matériellement, malgré sa logique apparente, le chaos moral de la civilisation présente ». Lucien Febvre, son meilleur collaborateur, commentera : « Ainsi vous définissiez-vous vous-même dans ce petit livre que vous intituliez bravement Peut-on refaire l'unité morale de la France ? [...]. Un esprit “que le problème de la destinée tourmente, que la crise de la foi inquiète” : votre esprit, cher ami – mais ce n'était pas seulement votre esprit. C'était le nôtre. À nous tous pour qui et à qui vous parliez. Et j'ajoute : crise de la foi : quelle foi ? La vôtre, et la nôtre : la Foi dans la Science. » Comment y parvenir dans les sociétés modernes ? Non par les sciences ni par leurs applications, pense Berr, mais par « la Science », activité pure et désintéressée. Comment la Revue de synthèse historique et « L'Évolution de l'humanité » répondent-elles à cet idéal ?