Chez les historiens, les transports ont d'abord été analysés par le prisme de l'histoire et des techniques (Daumas, 1996 ; Edgerton, 2006). Avec le tournant mobilitaire et culturelle (Urry, 1999), certains historiens ont appréhendé les transports d'un point de vue socioculturel (Flonneau, 2002 ; Amato, 2004 ; Schueler, 2008 ; Gardon, 2018 ; Conway, 2006 ; Levinson, 2011). Il ne s'agit plus seulement de s'intéresser aux techniques entourant l'objet mobile, mais d'élargir l'analyse à l'écosystème – soit les mobiles et les immobiles.
Cette communication a pour but d'expliciter cet élargissement de la focale. A-t-on réellement délaissé l'approche scientifico-technique pour l'approche socioculturelle ? Ou bien les deux approches se complètent-elles ou se concurrencent-elles ? Les progrès techniques relatifs à l'industrie n'ont-ils pas de débouchés dans les déplacements des individus ?
Notre propos est de montrer qu'il y a métissage entre les deux champs historiographiques. En effet, l'approche technique résiste et demeure pertinente pour expliquer notamment les constructions architecturales infrastructurelles comme les ponts ou les tunnels. Les sciences sont requises pour résoudre les problèmes de congestion, d'accident et de sécurité. L'approche socioculturelle permet d'expliquer les raisons de la relation d'amour et de haine vis-à-vis des véhicules et les divers usages qui en sont faits et leurs impacts sociétaux.
Finalement, il s'agira de questionner l'équilibre entourant l'approche technique et l'approche socioculturelle. Qu'en est-il réellement ? Est-ce que la première sert de caution et de causalité à la seconde ou en est-il autrement avec un même pied d'égalité ? Si l'histoire totale est une chimère, il n'en reste pas moins que les champs historiographiques tendent à devenir de plus en plus perméables les uns avec les autres.
Nous aborderons ces diverses étapes pour tirer des conclusions et des préconisations sur l'historiographie des transports, des mobilités, des sciences et des techniques.