Topique de la crise du progrès et recherches sur le développement sociologique de l'esprit dans la première sociologie de la connaissance des durkheimiens
Anna Kandel  1, *@  
1 : Université de Strasbourg - Faculté des sciences économiques et de gestion  (UNISTRA FSEG)
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* : Auteur correspondant

Le tournant du XIXème au XXème siècle trouvait une “unité” intellectuelle dans les topiques corrélées de “crise de la science” et de “crise du progrès” (Rasmussen, 1996). La critique du positivisme et la mise en doute des processus de mise en marche du savoir et des sociétés étaient devenus des lieux communs, circulant “d'une catégorie de discours à l'autre et suscit[ant] des représentations divergentes” (Ibid.). De manière concomitante à ce débat sur le progrès et la science, a eu lieu l'institutionnalisation de la sociologie et la fondation de la sociologie de la connaissance par “l'école française de sociologie”, aussi appelée “école durkheimienne”, organisée autour de la revue L'année sociologique, fondée en 1898. Alors, quels sont les échos et les effets de ces discours sur la crise de la science et du progrès dans le milieu des durkheimiens? Plus spécifiquement, cette topique de la crise du progrès a-t-elle eu des effets structurants sur la sociologie de la connaissance naissante et en particulier sur son investigation sur le développement de la logique et des facultés mentales supérieures? Comment se nouent chez les durkheimiens pensée du progrès et recherche sociologique sur le développement de l'esprit humain?


D'après Thomas Hirsch (2016), les travaux de Durkheim de sociologie religieuse et de la connaissance - aboutissants en 1912 à la publication des Formes élémentaires de la vie religieuse - auraient eu pour objectif une “refondation sociologique du progrès et de la raison”, sauvant ainsi les prétentions de la raison et l'espoir dans le progrès scientifique et social, en répondant à « l'évidence de la “diversité des esprits” et [au] sentiment aigu de la “variabilité de la pensée dans le temps” ». Mais tous les durkheimiens qui participent à cette fondation de la sociologie de la connaissance, à l'étude de la diversité des mentalités humaines et de la genèse sociologique de l'esprit humain ont-ils eu le même projet de sauver la science et la raison du relativisme et d'échapper aux “discours décadentistes” (Rasmussen, Ibid.)? Quels sont, chez les durkheimiens sociologues de la connaissance, les paradigmes employés pour penser le développement de l'intelligence dans le temps? Comment situent-ils leurs travaux sur le développement de l'esprit par rapport au paradigme évolutionniste qui circulait à leur époque?


Afin de répondre à ces différentes questions, la méthode que nous adopterons, sera d'interroger les travaux de sociologie de la connaissance des durkheimiens de 1871 à 1914 à l'aune du prisme du progrès.


Aubin. « Les idées égalitaires by C. BOUGLÉ ». L'Année sociologique (1896/1897-1924/1925), no T.4 (1900 1899): 424-429 (6 pages).
Bouglé, C. Review of Review of La philosophie d'Auguste Comte, par L. Lévy-Bruhl. L'Année sociologique (1896/1897-1924/1925) 4 (1899): 147-51.
Bouglé, Célestin Charles Alfred. Les idées égalitaires. Classiques des sciences sociales. Chicoutimi: J.-M. Tremblay, 1925 (troisième édition).
Deprez, Stanislas. Lévy-Bruhl et la rationalisation du monde. Rennes: Presses Universitaire de Rennes, 2010.
Durkheim, Émile. « Compte rendu du livre de Lévy-Bruhl ». Année sociologique, no 12 (1913): 33-37.
———. Formes élémentaires de la vie religieuse. Paris: PUF, 1912.
———. « Le problème sociologique de la connaissance ». Année sociologique 11 (1910).
———. Pragmatisme et sociologie. Paris: Vrin, 1913.
———. « Représentations Individuelles Et Représentations Collectives ». Revue de Métaphysique et de Morale 6, no 3 (1898): 273-302.
———. « Review of Jerusalem (1909): ‘Soziologie des Erkennens. », 1910.
———. « Sociologie religieuse et théorie de la connaissance ». Revue de Métaphysique et de Morale 17, no 6 (1909).
Durkheim, Émile et Mauss, Marcel. « De quelques formes primitives de classification : contribution à l'étude des représentations collectives ». L'Année sociologique 6 (1903).
Hirsch, Thomas. Le temps des sociétés : d'Émile Durkheim à Marc Bloch, 2016.
Lévy-Bruhl, Lucien. La philosophie d'Auguste Comte. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1900.
Lévy-Bruhl, Lucien. Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures, 1910.
Marcel, Jean-Christophe. « Les durkheimiens face aux Formes élémentaires (1912-1939) ». L'Année sociologique Vol. 62, no 2 (1 octobre 2012): 465-81.
Merllié, Dominique. « Durkheim, Lévy-Bruhl et la « pensée primitive » : quel différend ? » L'Année sociologique 62, no 2 (31 octobre 2012): 429-46.
Namer, Gérard. « La sociologie de la connaissance chez Durkheim et les durkheimiens ». L'Année sociologique 28 (1977): 41-77.
Rasmussen, Anne. « Critique du progrès, « crise de la science » : débats et représentations du tournant du siècle ». Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle (Cahiers Georges Sorel) 14, no 1 (1996): 89-113.
Warfield Rawls, Anne. « “Durkheim's epistemology : the neglected argument”, American Journal of Sociology (AJS), 102 (2), 1996, p. 430-482. traduit en français par Manuel Benguigui, Michel de Fornel et Cyril Lemieux en 2007 in Naturalisme versus constructivisme ? » Enquête. Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, 1996.


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