La psychologie et ses progrès selon A. Binet (1857-1911)
Stéphanie Dupouy  1@  
1 : Archives Henri-Poincaré - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies
Centre National de la Recherche Scientifique : UMR7117, université de Strasbourg

Cette communication se propose de faire état d'un travail exploratoire sur la manière dont Alfred Binet (1857-1911), comme psychologue, mais aussi comme directeur du Laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne à partir de 1894, et directeur de la revue L'Année psychologique à partir de la même année, se réfère à la thématique du/des progrès de sa discipline ou de la science en général. On s'intéressera en particulier aux critères d'appréciation du progrès et aux fonctions de la référence au progrès qui entrent en jeu lorsqu'il s'agit pour lui de présenter les progrès qu'une étude particulière ou une école de psychologie fait accomplir à une question de recherche, ou bien de construire un récit plus général sur les progrès accomplis par la discipline dans son ensemble, par exemple dans les bilans annuels que Binet rédige pour son laboratoire ou pour l'Année psychologique.

L'intérêt d'interroger le travail de Binet au prisme du progrès tient à la place originale qu'il occupe dans le champ de la psychologie française de l'époque. Contrairement à Th. Ribot (autre figure fondatrice de la psychologie scientifique française à l'époque, lui aussi directeur de revue), Binet, qui n'est pas philosophe de formation, n'inscrit pas essentiellement sa référence au progrès dans une relation polémique avec la philosophie (spiritualiste). Faisant preuve d'une réflexivité aiguë sur sa discipline, il se méfie aussi de l'adoption irréfléchie de modèles de scientificité trop extérieurs et ne cesse de dénoncer les développements de sa discipline (ceux des laboratoires de psychologie expérimentale allemande, en particulier) qui produisent des faits en quantité, mais ne sont des progrès qu'en apparence. Enfin, Binet, à travers ses travaux sur l'échelle métrique de l'intelligence et la psychologie scolaire, ouvre peu à peu le champ de la psychologie vers la psychologie appliquée et réfléchit à l'articulation entre progrès scientifique et progrès éducatif. On peut faire l'hypothèse que ces différentes particularités de la position de Binet le conduisent à aborder la question du progrès d'une manière singulière par rapport à d'autres récits du progrès qui animent la discipline psychologique en France à la même époque. 


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