Au miroir des fondations Rothschild, les fondations Rosenthal ?
Diane Dosso  1@  
1 : Institut de Biologie Physico-Chimique, UAR 550-CNRS  (IBPC)
CNRS
13 rue Pierre-et-Marie Curie 75005 PARIS -  France

Si la philanthropie des Rothschild a été bien étudiée en ce qui concerne les arts (voir les travaux de Pauline Prevost-Marcilhacy), celle qui porte sur la recherche scientifique en est à ses balbutiements. Les archives récemment mises au jour à l'Institut de Biologie Physico-Chimique (IBPC, Paris Ve) permettent de commencer à en appréhender le périmètre, dès l'immédiat après Première Guerre mondiale.

L'intervention présentera les premiers résultats des recherches en cours sur cinq institutions : la « Fondation Henri de Rothschild – Encouragement à la recherche scientifique » (1919), les deux « Fondation Edmond de Rothschild pour le développement de la recherche scientifique » (1921 et 1927), ainsi que la « Fondation Léonard Rosenthal pour l'avancement des sciences » (1924) et la « Fondation Rosenthal contre le cancer » (1927). Seront soulignés points communs et différences, dans le contexte de l'institutionnalisation progressive de la recherche à l'œuvre à partir des années 1920, jusque dans les années 1930 (Caisse nationale des Sciences, 1930 ; « la CNRS », 1935 ; le CNRS, 1939). L'objectif commun des philanthropes et de ces scientifiques de renom est de constituer une élite capable de permettre à la France de rattraper son retard sur l'Allemagne. Ainsi, ils offrent aux stagiaires les moyens matériels de poursuivre leurs travaux dans les laboratoires universitaires, alternative nouvelle à une carrière dans l'industrie (étude des reçus de subvention dont les bénéficiaires sont des stagiaires et des professeurs, à Paris et en province). Actifs dès le début du XXe siècle dans des domaines autres, tels que le théâtre et la médecine, le logement social, les lettres et les arts (archéologie et gravure, bibliothèques et musées, etc.), l'enseignement professionnel, ils se tournent désormais vers les sciences expérimentales. Le rôle éminent joué par un petit groupe de savants (Jean Perrin, Emile Borel, Paul Langevin, Georges Urbain, Paul Appell, Marie Curie, etc.), à l'influence grandissante au fil de ces années, sera démontré – exemple du « laboratoire de Pyrométrie de la Fondation Edmond de Rothschild » dirigé à Strasbourg par Gustave Ribaud ; leurs réseaux de sociabilité mis en évidence, notamment à travers les comités de secours associés aux fondations - ou dans leur ombre. Quant au mécénat du marchand de perles fines Léonard Rosenthal, il est crucial pour les recherches menées en France par les minéralogistes Vladimir Vernadsky et son ami Valerian Agafonoff sur l'énergie biogéochimique (publication en 1924 dans une collection dirigée par Emile Borel de l'ouvrage La Géochimie ; définition de la notion de biosphère en 1926).


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